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ma tête

 

Ma tête officielle, celle qu’on m’attribue au prétexte qu’on la voit sur mes épaules, me pose bien des problèmes.
Non pas que mes autres têtes aillent sans dire. Au contraire. Il y aurait de quoi discuter sur celle que je me reconnais dans la glace ou sur celles que j’entends ricaner dans le noir, et celles, innombrables, qu’au fil des ans, j’ai coupées dans un moment de désespoir (et qui, malheureusement, ont repoussé sous une forme ou une autre). Elles sont autrement pénibles ou pittoresques.
Mais j’y perdrais rapidement le fil de mon propos…
De toutes mes têtes, donc, la principale m’insupporte particulièrement. Elle m’est devenue à ce point étrangère que je viens vous demander votre aide. Je suis en effet dans la sourde espérance qu’un lecteur, plongé dans une révolte analogue à la mienne, reconnaitra sa tête (une erreur a pu arriver dans un quelconque vestiaire) et, dans une transaction honnête, me rendra la mienne.
J’ai la chance, probablement assez rare, d’avoir une idée très précise de ce que les autres perçoivent grâce à diverses expériences de la vie quotidienne.
En voici deux très démonstratives très convaincantes.
J’avais pris le métro sans billet (il y a prescription). Comme toujours dans ces cas là, un contrôleur apparaît et contrôle. Calme, autorité et méthode. Il s’approche de moi, sollicite la vieille dame à ma droite, puis le jeune homme qui me fait face... Vient mon tour, il me regarde... lève le menton et … passe. Sans plus. Cette tête, devait-il penser, n’est pas celle d’un resquilleur !
Autre exemple, cette fois-ci dans un grand magasin. Par commodité, j’avais déposé dans ma poche un petit sachet de vis. Trois fois rien. A ce point trois fois rien que je l’oubliai aussitôt. La douane du magasin ne faillit pas et la sirène retentit. Le vigile, un grand baraqué, arrive, me regarde, je le regarde, il me regarde et … visiblement honteux de l’erreur commise par ce stupide appareil, me prie honteusement de passer.
Je pourrais ajouter de nombreux autres exemples… Tous concordent: ma tête publique respire le sérieux et inspire la confiance. Exactement le contraire de ma tête privée !
Et je vais le prouver.
Bien sûr, il me serait trop long (et très pénible) de dire tout le mal qu’une de mes cervelles sait d'une autre. Je me limiterai donc à relater mes deux derniers manquements à la morale. Ils font déborder le vase.
Dimanche dernier, un touriste m’arrête dans la rue. Où se trouve le Louvre ? me demande-t-il. (J’ai l’habitude d
e ce genre de questionnement : ma tête est aussi celle de ceux qui savent). Par coïncidence, j’allais moi-même au Louvre. Craignant farouchement les files d’attente et convaincu que Mona Lisa pouvait se passer d’un visiteur, je lui indiquai sans hésiter la direction opposée. Merci. de rien, merci et le voilà sagement parti. 
Pas grave, dites-vous ? Attendez mon deuxième exemple.
En sortant du musée, je retrouve mon touriste. Il me reconnait. Je le reconnais. Il s’approche, ouvre les lèvres, mais avant qu’il ait pu prononcer une syllabe, je l’apostrophe fermement. Comment, lui dis-je, étonné, vous n’avez pas trouvé le Louvre! D’autorité, je le saisis au coude, l’éloigne de l’entrée et lui indique l’autre côté de la Seine. Penaud, mon homme se confond en mille remerciements puis, bénissant le ciel d’avoir mis sur sa route un parisien de ma qualité, se presse dans la direction que je lui ai enseignée.
Vous voyez bien!
Si quelque lecteur peut m’aider, qu’il m’envoie sa photo (couleur svp) et ses coordonnées. Le cas échéant, je le contacterai rapidement. Ah ! Une précision qui évitera certainement des mails inutiles : la tête que je cherche est jeune, harmonieuse et doit plaire aux jolies femmes, brunes ou blondes, mais pulpeuses et futiles.



MD-2009

 
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